Hawayo Takata occupe une place déterminante dans l’histoire du Reiki. Formée au Japon par Chujiro Hayashi dans les années 1930, elle commence ensuite à pratiquer et à enseigner à Hawaï, puis sur le continent nord-américain. Pendant plusieurs décennies, elle sera pratiquement l’unique lien connu en Occident avec la transmission issue de Mikao Usui.
Son rôle ne se résume pourtant pas à avoir transporté intact un enseignement japonais d’un pays à un autre. En passant du Japon des années 1930 à la société américaine, Takata adapte progressivement sa manière de présenter, de pratiquer et d’enseigner le Reiki.
Certaines de ces adaptations contribueront probablement à sa diffusion. D’autres donneront naissance à des récits historiques que les recherches menées au Japon permettront de corriger plusieurs décennies plus tard.
Comprendre Hawayo Takata, ce n’est donc pas seulement comprendre comment le Reiki est arrivé en Occident. C’est aussi comprendre comment une pratique japonaise a commencé à se transformer en rencontrant une autre langue, une autre culture et une autre manière d’enseigner.
Hawayo Takata, une Américaine d’origine japonaise
Hawayo Kawamura naît le 24 décembre 1900 sur l’île de Kauaʻi, dans l’archipel d’Hawaï, alors territoire américain.
Ses parents sont des immigrants japonais venus travailler dans les plantations de canne à sucre. Hawayo appartient donc à la génération que l’on appelle au Japon et dans les communautés japonaises d’outre-mer les Nisei : les enfants nés à l’étranger de parents japonais.
Elle grandit dans l’environnement des plantations de Kauaʻi, notamment à Kealia, au sein d’une communauté où la culture japonaise reste très présente tout en s’inscrivant dans la société américaine.
Cette double appartenance culturelle prendra plus tard une importance considérable. Takata parle japonais, connaît les usages de ses parents et peut apprendre directement auprès d’enseignants japonais, mais elle vit dans un monde américain auquel elle devra ensuite expliquer le Reiki.
Le 9 mars 1917, elle épouse Saichi Takata. Le couple aura deux filles, puis Hawayo devient veuve en 1930, à l’âge de vingt-neuf ans.
Elle doit dès lors assurer seule une grande partie de la responsabilité familiale et traverse plusieurs années particulièrement éprouvantes.
Le voyage au Japon qui va changer son parcours
En 1935, Hawayo Takata se rend au Japon.
Plusieurs raisons se combinent dans les récits qu’elle donnera par la suite : le décès d’une sœur, la présence de membres de sa famille au Japon et une santé qu’elle décrit alors comme fortement dégradée.
Elle raconte souffrir notamment de douleurs abdominales et de différents troubles pour lesquels une intervention chirurgicale aurait été envisagée.
C’est à ce moment qu’elle découvre la pratique de Chujiro Hayashi.
Le récit devenu traditionnel raconte qu’elle aurait entendu intérieurement une voix lui indiquant qu’une opération n’était pas nécessaire, puis aurait demandé s’il existait une autre possibilité. Elle aurait alors été orientée vers le centre de Hayashi.
Ces épisodes nous viennent principalement de Hawayo Takata elle-même et des personnes auxquelles elle a raconté son histoire.
Il est donc important de distinguer son témoignage personnel des documents que nous pouvons aujourd’hui vérifier indépendamment.
Le récit de sa guérison appartient à son témoignage personnel
Hawayo Takata racontera avoir reçu pendant plusieurs semaines des séances au centre de Hayashi, souvent pratiquées par deux personnes simultanément.
Elle attribuera à ces séances une amélioration spectaculaire de son état de santé et expliquera que cette expérience lui donna immédiatement envie d’apprendre elle-même le Reiki.
Cette histoire occupe une place importante dans la tradition occidentale.
Nous ne disposons cependant pas des dossiers médicaux permettant de vérifier rétrospectivement les diagnostics rapportés ni l’évolution clinique qu’elle décrira ensuite.
Il est donc plus juste de présenter cet épisode comme le récit que Takata faisait elle-même de sa rencontre avec le Reiki, et non comme une démonstration médicale de son efficacité.
Ce qui est en revanche beaucoup mieux documenté commence immédiatement après : sa formation auprès de Chujiro Hayashi.
1935 : Hawayo Takata reçoit Shoden puis Okuden
Les archives conservées aujourd’hui permettent de suivre sa progression avec une précision exceptionnelle pour l’histoire du Reiki.
Deux certificats japonais datés de 1935 attestent qu’elle reçoit successivement :
初伝 — Shoden
enseignement initial
奥伝 — Okuden
enseignement approfondi
Ces documents sont particulièrement importants parce qu’ils confirment que l’enseignement reçu par Takata s’inscrit encore clairement dans la structure japonaise utilisée dans la branche de Hayashi.
Sa formation ne semble pas non plus s’être limitée à quelques journées de cours.
Les témoignages de Takata et de plusieurs de ses élèves décrivent une longue période d’apprentissage au cours de laquelle elle participe à la vie du centre, observe les séances et pratique elle-même auprès de nombreuses personnes.
La dimension pratique occupe donc une place importante dans sa formation.
1936 : un document atteste son accès à Shinpiden
Les archives Takata conservent également un document daté de 1936 et identifié comme son certificat de :
神秘伝 — Shinpiden — enseignement profond
Cette date est importante.
Pendant longtemps, les histoires occidentales du Reiki ont présenté février 1938 comme le moment où Takata aurait reçu sa « maîtrise » de Chujiro Hayashi.
L’existence d’un document de Shinpiden en 1936 montre que la réalité est plus nuancée.
Takata avait donc déjà atteint un niveau avancé dans l’enseignement de Hayashi avant le voyage de celui-ci à Hawaï.
Le retour à Hawaï et les premières transmissions
Hawayo Takata retourne ensuite à Hawaï et commence à y pratiquer le Reiki.
Son activité se développe rapidement auprès de la communauté japonaise locale, puis auprès d’un public plus large.
Elle ne se contente pas de proposer des séances : elle commence également à transmettre ce qu’elle a appris.
La présence du Reiki à Hawaï avant même la fin des années 1930 est aujourd’hui bien documentée par des photographies, des annonces dans la presse japonaise locale et différents documents conservés dans ses archives.
Takata devient ainsi le personnage central d’une implantation durable du Reiki hors du Japon.
1937-1938 : Chujiro Hayashi vient enseigner à Hawaï
À l’automne 1937, Chujiro Hayashi se rend lui-même à Hawaï.
Pendant plusieurs mois, Hayashi et Takata donnent des conférences, organisent des formations et présentent publiquement le Reiki dans différentes localités de l’archipel.
Les journaux japonais publiés à Hawaï annoncent ces événements et plusieurs photographies de groupes sont aujourd’hui conservées.
Une photographie de février 1938 est ainsi identifiée comme celle de la quatorzième classe organisée à Honolulu.
Le Reiki n’est donc déjà plus, à cette époque, une pratique transmise uniquement dans un cercle privé.
Hayashi et Takata mènent une véritable activité publique d’enseignement.
Le certificat du 21 février 1938
Le 21 février 1938, peu avant le retour de Chujiro Hayashi au Japon, Hawayo Takata reçoit à Honolulu un certificat rédigé en anglais et authentifié devant notaire.
Ce document occupe une place particulière dans l’histoire de la transmission occidentale.
Hayashi y rappelle que Takata a étudié son système au Japon à partir de 1935 et lui reconnaît pleinement la capacité de pratiquer et de transmettre le Reiki à d’autres personnes.
Il la présente également comme la seule personne alors autorisée aux États-Unis à conférer cette transmission et comme l’une des personnes pleinement qualifiées dans la profession.
Le certificat emploie le terme anglais Master.
Mais, puisque Takata possède déjà un document de Shinpiden daté de 1936, le certificat de 1938 semble surtout formaliser et rendre publiquement reconnaissable son autorité d’enseignante dans le contexte américain.
Cela invite une nouvelle fois à éviter de faire correspondre automatiquement les catégories japonaises des années 1930 avec les degrés occidentaux tels qu’ils seront organisés plus tard.
Une transmission qui doit désormais changer de culture
À partir de cette période, Hawayo Takata se trouve dans une situation très différente de celle de Mikao Usui ou même de Chujiro Hayashi.
Elle doit transmettre une pratique japonaise à des personnes qui ne connaissent pas nécessairement la langue, la culture, les références religieuses ni les conceptions du corps qui accompagnaient l’enseignement au Japon.
Elle devient donc beaucoup plus qu’une simple intermédiaire entre Hayashi et ses élèves. Elle devient une interprète culturelle du Reiki.
Pour expliquer ce qu’elle a appris, elle traduit, simplifie, reformule et parfois réorganise certains éléments.
Une partie du Reiki qui se développera ensuite en Occident porte directement la marque de ce travail d’adaptation.
De l’Usui Reiki Ryōhō à l’Usui Shiki Ryōhō
Dans la branche occidentale issue de Takata, l’expression :
Usui Shiki Ryōhō
va progressivement devenir l’une des appellations importantes de son système de transmission. Le mot shiki peut notamment exprimer l’idée de style ou de manière de faire.
Cette appellation est donc généralement comprise comme une méthode pratiquée « selon le style d’Usui ». Elle permet également de distinguer progressivement la branche occidentale issue de Hayashi et Takata de l’Usui Reiki Ryōhō qui continue à être transmis dans différentes lignées japonaises.
Il ne s’agit pas de deux Reiki totalement étrangers l’un à l’autre. Ils partagent une origine commune, mais leurs trajectoires vont progressivement diverger.
Ce que Takata conserve de l’enseignement de Hayashi
Malgré les évolutions ultérieures, de nombreux éléments montrent une continuité évidente avec la pratique apprise auprès de Chujiro Hayashi. Takata accorde une grande importance à la pratique par les mains et à une séance suffisamment complète pour parcourir différentes parties du corps. Elle insiste également sur la nécessité de pratiquer régulièrement, d’acquérir de l’expérience et d’apprendre à percevoir ce qui se manifeste sous les mains.
Dans les notes qui lui sont attribuées, on retrouve une progression du travail depuis la tête vers différentes zones du tronc, puis le dos. Elle accorde aussi une place particulière à l’écoute des sensations ressenties dans les doigts et les paumes. Cette manière de pratiquer rappelle directement certains aspects de l’enseignement de Hayashi.
Une approche très concrète de la pratique
Le Reiki enseigné par Takata est généralement très pragmatique. Elle encourage ses élèves à poser les mains, à pratiquer régulièrement et à faire confiance à leur expérience plutôt qu’à multiplier les explications théoriques. Elle transmet également une pratique quotidienne sur soi.
Dans les témoignages de ses élèves, son enseignement apparaît souvent direct, vivant et adapté aux personnes présentes plutôt qu’organisé autour d’un cours identique lu à partir d’un manuel. Cette souplesse explique probablement pourquoi des élèves formés à des périodes différentes n’ont pas toujours reçu exactement les mêmes formulations ni les mêmes détails.
Une transmission largement orale, mais pas exclusivement
Hawayo Takata est souvent présentée comme ayant imposé une transmission exclusivement orale. Plusieurs de ses élèves racontent effectivement qu’elle demandait de ne pas prendre de notes pendant ses cours et qu’elle souhaitait que l’enseignement soit mémorisé.
Les symboles, en particulier, devaient être appris puis les feuilles utilisées pour s’exercer étaient généralement détruites. Cette pratique a profondément marqué plusieurs lignées occidentales, dans lesquelles les symboles sont longtemps restés considérés comme secrets.
Les recherches menées plus récemment montrent cependant que cette règle n’a pas été appliquée de manière absolument constante pendant toute sa carrière. Des documents provenant notamment d’une formation donnée en 1975 montrent que Takata a, au moins à certaines périodes, remis des supports écrits et autorisé la prise de notes.
Il est donc plus juste de dire qu’elle privilégia largement l’enseignement oral plutôt que d’affirmer qu’elle n’utilisa jamais aucun document.
Les quatre initiations du premier degré
L’un des éléments les plus caractéristiques des lignées issues de Hawayo Takata est la pratique de plusieurs initiations au premier degré. Plusieurs de ses élèves rapportent qu’elle donnait quatre initiations au cours de l’apprentissage du premier niveau.
Fran Brown rapporte également que Takata disait avoir elle-même reçu son premier degré auprès de Hayashi au cours de quatre journées successives. Cette organisation deviendra ensuite une caractéristique importante de nombreuses écoles occidentales.
Elle ne doit cependant pas être interprétée automatiquement comme la preuve que Mikao Usui utilisait lui-même exactement quatre initiations pour tous ses élèves. Nous savons que le Shoden japonais possédait plusieurs étapes ou grades dans certaines transmissions anciennes, mais le lien historique direct entre ces subdivisions et les quatre initiations occidentales n’est pas actuellement suffisamment documenté pour être affirmé avec certitude.
Les symboles deviennent un enseignement réservé
Dans la transmission de Takata, les symboles Reiki prennent une place très importante dans les niveaux avancés. Ils sont enseignés avec précision et doivent être mémorisés.
Ils ne sont pas destinés à être montrés publiquement à des personnes qui n’ont pas reçu le niveau correspondant.
Cette conception du secret influencera profondément le Reiki occidental pendant plusieurs décennies. Lorsque les différentes lignées commenceront à comparer leurs enseignements après la mort de Takata, elles constateront cependant certaines variations dans la forme des symboles transmis.
Ces différences montrent une nouvelle fois les limites d’une transmission principalement orale : elle peut préserver une tradition avec beaucoup de force tout en laissant apparaître progressivement des variations.
Takata transmet également une histoire du Reiki
Pendant plusieurs décennies, les pratiquants occidentaux ne disposent pratiquement d’aucun accès aux sources japonaises concernant Mikao Usui. L’histoire qu’ils connaissent est donc essentiellement celle racontée par Hawayo Takata.
Dans cette version, Mikao Usui est notamment présenté comme un homme lié au christianisme, parfois comme prêtre, professeur ou responsable d’un établissement chrétien. Certains récits lui attribuent également des études à l’université de Chicago et une recherche destinée à comprendre comment Jésus aurait réalisé ses guérisons.
Ces éléments seront répétés pendant plusieurs décennies dans les livres et les formations Reiki. Les recherches menées au Japon à partir de la fin du XXe siècle n’ont cependant pas permis de les confirmer.
Les documents aujourd’hui disponibles sur Mikao Usui montrent au contraire une histoire beaucoup plus profondément inscrite dans le contexte japonais de son époque.
Pourquoi Takata a-t-elle raconté cette histoire ?
La réponse reste incertaine. Une explication souvent proposée est celle du contexte historique.
Takata est une Américaine d’origine japonaise qui enseigne une pratique japonaise aux États-Unis avant, pendant et après une période marquée par la guerre du Pacifique, l’attaque de Pearl Harbor et l’internement de nombreux Américains d’origine japonaise.
Dans un tel climat, présenter l’histoire de Mikao Usui avec des références chrétiennes aurait pu rendre son enseignement plus compréhensible ou plus acceptable pour un public américain. Cette hypothèse est plausible.
Mais nous ne disposons pas, à ma connaissance, d’un document dans lequel Hawayo Takata explique elle-même avoir volontairement modifié l’histoire pour cette raison. Il faut donc éviter de transformer cette explication moderne en certitude sur ses intentions.
Une femme d’affaires autant qu’une enseignante
Hawayo Takata ne vit pas le Reiki uniquement comme une pratique spirituelle. Elle en fait également une activité professionnelle.
Ses archives montrent qu’elle adapte sa pratique aux exigences administratives américaines. En 1947, elle possède notamment un certificat d’enregistrement délivré par le Board of Massage du territoire d’Hawaï.
Ce document est intéressant car il montre comment Takata apprend à inscrire son activité dans un environnement réglementaire très différent de celui dans lequel Hayashi avait travaillé au Japon.
Au fil des années, elle développe une solide réputation et voyage de plus en plus pour pratiquer et enseigner.
Le Reiki quitte progressivement Hawaï
Pendant longtemps, l’activité de Takata reste principalement associée à Hawaï. Mais à partir des années 1970, les archives montrent une multiplication de ses déplacements sur le continent nord-américain.
Des photographies documentent notamment des formations en Californie dans les années 1970 ainsi que des enseignements au Canada. À cette époque, Takata est déjà âgée de plus de soixante-dix ans, mais son activité d’enseignante s’intensifie considérablement. Cette dernière décennie de sa vie va devenir décisive pour l’avenir du Reiki.
La formation des enseignants commence véritablement dans les années 1970
Takata a enseigné les premiers niveaux pendant plusieurs décennies, mais elle ne semble avoir commencé à former largement des enseignants de niveau Master que beaucoup plus tard.
La première transmission de ce niveau généralement reconnue dans les années 1970 est celle de Virginia Samdahl en 1976, même si certaines traditions accordent une place antérieure à Kay Yamashita, sœur de Takata.
Entre 1976 et sa mort en 1980, le nombre d’enseignants formés augmente rapidement. Cette période de seulement quelques années va finalement suffire pour que le Reiki puisse se diffuser de manière autonome après sa disparition.
Les vingt-deux enseignants associés à Hawayo Takata
La tradition occidentale du Reiki retient aujourd’hui vingt-deux enseignants comme ayant reçu ou achevé leur formation au niveau Master dans la transmission de Hawayo Takata.
Il s’agit de :
- George Araki ;
- Dorothy Baba ;
- Ursula Baylow ;
- Rick Bockner ;
- Patricia Bowling ;
- Barbara Brown ;
- Fran Brown ;
- Phyllis Lei Furumoto ;
- Beth Gray ;
- John Harvey Gray ;
- Iris Ishikuro ;
- Harry Kuboi ;
- Ethel Lombardi ;
- Barbara Lincoln McCullough ;
- Mary McFadyen ;
- Paul Mitchell ;
- Bethel Phaigh ;
- Shinobu Saito ;
- Virginia Samdahl ;
- Wanja Twan ;
- Barbara Weber Ray ;
- Kay Yamashita.
Les dates précises et les circonstances de certaines transmissions varient légèrement selon les témoignages, mais le groupe des vingt-deux est devenu un repère majeur dans l’histoire du Reiki occidental.
La plupart des grandes lignées occidentales vont ensuite pouvoir être rattachées à l’un ou l’autre de ces enseignants.
Le prix de la formation au niveau Master
Un autre élément de la transmission de Takata aura une influence durable : le prix demandé pour accéder au niveau d’enseignant. Dans les dernières années de sa vie, elle fixe le montant de la formation Master à 10 000 dollars américains, une somme considérable pour l’époque.
Plusieurs de ses élèves expliquent qu’elle associait cette somme à la valeur accordée à l’engagement et au respect de l’enseignement. Les modalités de paiement ne semblent cependant pas avoir toujours été absolument identiques : certains témoignages parlent d’arrangements ou d’échanges partiels.
Ce tarif n’appartenait pas à l’enseignement de Mikao Usui et deviendra après la mort de Takata l’un des sujets les plus discutés dans le monde du Reiki. Certaines lignées continueront à défendre cette somme comme un principe de la transmission, tandis que d’autres la supprimeront ou la réduiront fortement.
Takata a-t-elle simplifié le Reiki pour les Occidentaux ?
Plusieurs élèves directs de Hawayo Takata rapportent qu’elle disait avoir simplifié certains aspects de l’enseignement reçu auprès de Hayashi afin de le rendre plus accessible. Cette affirmation est cohérente avec ce que l’on constate lorsque l’on compare les transmissions japonaises et la forme de Reiki qui s’est ensuite développée en Occident.
De nombreuses techniques japonaises aujourd’hui connues — pratiques respiratoires, exercices de préparation, travail avec les Gyōsei, méthodes de perception ou certaines formes de Reiju — sont beaucoup moins visibles, voire absentes, dans plusieurs lignées issues de Takata. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle les ait toutes supprimées personnellement.
Certaines avaient déjà pu évoluer chez Hayashi, certaines n’étaient peut-être pas enseignées à tous les élèves, et d’autres ont pu disparaître progressivement au fil des générations. Mais il est évident que le Reiki qui se développe en Occident devient progressivement plus simple dans sa structure apparente et davantage centré sur les mains, les initiations, les symboles et quelques principes fondamentaux.
Elle ne transmet pas toujours exactement de la même manière
Hawayo Takata enseigne pendant plus de quarante ans.
Il serait étonnant que son enseignement soit resté parfaitement identique pendant toute cette période. Lorsque ses élèves commenceront à comparer leurs notes et leurs souvenirs après sa mort, ils constateront des différences dans certaines formulations, certaines techniques et même dans le tracé de certains symboles.
Cela ne signifie pas nécessairement qu’elle se contredisait volontairement. Son enseignement était largement oral, fortement adapté aux personnes présentes et s’appuyait beaucoup sur l’expérience directe.
La transmission occidentale du Reiki porte donc dès son origine une certaine diversité.
1980 : une transmission devenue suffisamment large pour lui survivre
Hawayo Takata meurt le 11 décembre 1980, quelques jours avant son quatre-vingtième anniversaire. Au moment de sa mort, elle laisse derrière elle plusieurs décennies de pratique et un groupe d’enseignants désormais capables de transmettre à leur tour.
C’est précisément à ce moment que l’histoire du Reiki occidental va connaître une accélération spectaculaire. Les vingt-deux enseignants ne vont pas créer une organisation unique ni conserver tous exactement la même interprétation de ce qu’ils ont reçu.
Plusieurs courants commencent rapidement à apparaître.
Après Takata, plusieurs branches occidentales apparaissent
En 1982, plusieurs enseignants se réunissent à Hawaï pour honorer la mémoire de Hawayo Takata et partager leurs expériences.
Sa petite-fille Phyllis Lei Furumoto, elle-même formée au Reiki, occupe progressivement une place centrale dans une partie de cette communauté. En 1983, plusieurs enseignants participent à la création de The Reiki Alliance, qui reconnaît Furumoto dans une fonction de continuité spirituelle de la lignée Usui → Hayashi → Takata.
Parallèlement, Barbara Weber Ray, autre élève de Takata, développe sa propre organisation et une autre interprétation de la transmission. D’autres enseignants poursuivent encore des voies différentes.
La mort de Takata ne donne donc pas naissance à une seule école occidentale, mais à une multitude de lignées qui vont très rapidement se diffuser aux États-Unis, au Canada, en Europe puis dans le reste du monde.
Les archives Takata ont profondément changé notre compréhension de cette histoire
Pendant longtemps, Hawayo Takata a surtout été connue à travers les souvenirs de ses élèves. Cette situation a commencé à changer grâce à la conservation de ses documents familiaux.
Le Takata Archive Project, mené entre 2014 et 2016, a permis d’examiner et de classer une importante collection de photographies, certificats, lettres, notes manuscrites et souvenirs familiaux.
Cette collection a ensuite été déposée à la bibliothèque de l’University of California, Santa Barbara, où les Hawayo Takata Papers constituent désormais un fonds d’archives accessible à la recherche.
C’est une évolution importante pour l’histoire du Reiki.
Elle permet progressivement de quitter une histoire reposant presque uniquement sur des récits transmis oralement pour revenir aux certificats, aux photographies, aux correspondances et aux documents produits pendant la vie même de Takata.
Une transmission à la fois conservée et transformée
Le rôle de Hawayo Takata est parfois présenté de deux manières opposées. Certains la décrivent comme celle qui aurait préservé fidèlement le Reiki japonais.
D’autres insistent au contraire sur les changements qu’elle aurait introduits. La réalité paraît plus intéressante que ces deux visions.
Takata conserve une transmission reçue directement de Chujiro Hayashi : la pratique par les mains, les initiations, les niveaux, les symboles et une conception du Reiki comme méthode que chacun peut apprendre.
Mais elle transmet cette pratique dans un autre monde. Elle simplifie certains éléments, reformule le vocabulaire, développe une pédagogie adaptée à ses élèves et transmet une histoire de Mikao Usui qui sera ensuite partiellement remise en question.
Elle ne préserve donc pas le Reiki dans une immobilité parfaite. Elle lui permet surtout de franchir une frontière culturelle.
Pourquoi Hawayo Takata reste indispensable à l’histoire du Reiki
Sans Hawayo Takata, la branche de Reiki issue de Chujiro Hayashi aurait probablement connu une histoire très différente. C’est elle qui installe durablement cette transmission à Hawaï, puis la fait circuler sur le continent américain et forme les enseignants qui permettront son expansion après 1980.
Pendant plusieurs décennies, pratiquement toutes les lignées Reiki connues en Occident passent par elle. Les recherches japonaises menées par la suite permettront de retrouver d’autres branches issues de Mikao Usui et de mieux comprendre ce qui avait été conservé, modifié ou oublié.
Mais cette redécouverte n’enlève rien au rôle historique de Takata. Elle permet simplement de la replacer plus justement : non comme l’unique dépositaire de tout le Reiki japonais, mais comme la figure centrale de sa première grande transmission occidentale.
En résumé
Hawayo Takata naît à Hawaï en 1900 dans une famille d’immigrants japonais. Cette double appartenance culturelle lui permettra plus tard de devenir un pont entre l’enseignement japonais de Chujiro Hayashi et le monde américain.
Lors d’un séjour au Japon en 1935, elle découvre le Reiki et commence sa formation auprès de Hayashi. Les archives conservent ses certificats de Shoden et d’Okuden datés de cette année, puis un document de Shinpiden en 1936.
De retour à Hawaï, elle pratique et commence à transmettre. Entre 1937 et 1938, Chujiro Hayashi vient lui-même enseigner dans l’archipel. Le 21 février 1938, il remet à Takata un certificat qui reconnaît officiellement son autorité à pratiquer et à transmettre son système aux États-Unis.
Pendant les décennies suivantes, Takata adapte progressivement son enseignement à un public occidental. Elle privilégie largement la transmission orale, donne une place importante aux initiations et aux symboles et simplifie certains aspects du Reiki japonais.
Elle transmet également une biographie de Mikao Usui comprenant plusieurs éléments chrétiens et occidentaux que les recherches historiques ultérieures ne permettront pas de confirmer.
Dans les dernières années de sa vie, elle forme le groupe des vingt-deux enseignants qui assurera la continuité de sa transmission après sa mort en décembre 1980.
Hawayo Takata n’a donc pas simplement transporté le Reiki du Japon vers l’Occident. Elle a accompagné sa première grande transformation culturelle. En conservant une partie de l’enseignement reçu de Chujiro Hayashi tout en l’adaptant à un nouveau public, elle a donné naissance à la branche à partir de laquelle le Reiki allait ensuite connaître une diffusion mondiale.