Chujiro Hayashi occupe une place particulière dans l’histoire du Reiki. Élève de Mikao Usui durant les dernières années de sa vie, il développe ensuite sa propre organisation, fait évoluer certaines manières de pratiquer et forme plusieurs enseignants. L’une de ses élèves, Hawayo Takata, jouera quelques années plus tard un rôle déterminant dans la diffusion du Reiki hors du Japon.
Cette importance a cependant contribué à simplifier son histoire. Pendant longtemps, de nombreux pratiquants occidentaux ont présenté Hayashi comme le successeur direct de Mikao Usui, parfois comme président de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai et presque systématiquement comme médecin militaire. Les recherches historiques menées au Japon et les documents aujourd’hui disponibles permettent d’apporter une vision beaucoup plus précise.
Hayashi n’a pas succédé à Mikao Usui à la tête de la Gakkai. Il a suivi une autre voie : celle d’un élève avancé qui, à partir de l’enseignement reçu, va progressivement développer son propre cadre de pratique et de transmission.
Comprendre Chujiro Hayashi permet de suivre l’un des moments les plus importants de l’histoire du Reiki : le passage de l’enseignement de Mikao Usui à une forme plus structurée de pratique qui, par l’intermédiaire de Hawayo Takata, se diffusera ensuite dans une grande partie du monde.
Chujiro Hayashi, officier de la Marine impériale japonaise
林忠次郎 — Hayashi Chūjirō — Chujiro Hayashi naît à la fin du XIXe siècle. L’année 1880 est aujourd’hui retenue par plusieurs documents japonais, même si certaines publications anciennes indiquent 1879.
Sa carrière militaire est, elle, beaucoup mieux documentée.
Hayashi entre à l’Académie navale impériale japonaise et appartient à la 30e promotion, dont il sort diplômé en 1902.
Il poursuit ensuite une carrière d’officier dans la Marine impériale et atteint le grade de :
海軍大佐 — Kaigun Taisa
capitaine de vaisseau
Il sert notamment pendant la guerre russo-japonaise de 1904-1905 et occupe par la suite différentes fonctions de commandement.
En 1918, il est affecté à Ōminato, dans le nord du Japon, où il occupe une fonction importante au sein de la défense du port.
Un détail mérite d’être relevé : Kan’ichi Taketomi, qui deviendra quelques années plus tard un élève de Mikao Usui puis le troisième président de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai, se trouve lui aussi à Ōminato à cette période et y exerce une fonction d’état-major.
Les carrières des deux hommes se croisent donc dans la Marine plusieurs années avant leur implication dans le Reiki.
Cette proximité professionnelle est intéressante, mais elle ne permet pas d’affirmer que Taketomi aurait fait découvrir le Reiki à Hayashi. Aucun document actuellement connu ne permet d’établir précisément comment Hayashi entendit parler pour la première fois de Mikao Usui.
Chujiro Hayashi était-il réellement médecin ?
L’appellation « Dr Hayashi » est devenue tellement courante dans les ouvrages occidentaux consacrés au Reiki qu’elle semble souvent aller de soi.
Pourtant, les recherches menées sur sa carrière militaire invitent aujourd’hui à beaucoup plus de prudence.
Hayashi est diplômé de l’Académie navale impériale, qui formait les officiers de commandement de la Marine. Les médecins militaires suivaient une autre filière, avec une formation médicale spécifique.
À ce jour, aucun document permettant d’établir qu’Hayashi ait suivi cette formation médicale ou exercé comme médecin de la Marine n’a été retrouvé.
Les anciens annuaires de la Gakkai mentionnent son grade de capitaine de vaisseau, mais pas celui de médecin militaire.
L’appellation « Dr Hayashi » apparaît néanmoins dans plusieurs documents de son époque, notamment dans la presse hawaïenne et surtout sur le certificat en anglais remis à Hawayo Takata en 1938.
Cela montre que ce titre était bien utilisé autour de lui, mais ne suffit pas à établir l’existence d’un diplôme de médecine.
Le plus juste est donc de présenter Chujiro Hayashi comme un officier supérieur de la Marine impériale japonaise et un enseignant de Reiki. Son statut de médecin militaire, longtemps répété dans les biographies occidentales, n’est pas actuellement démontré.
La rencontre avec Mikao Usui
Chujiro Hayashi rejoint l’enseignement de Mikao Usui relativement tard.
Les transmissions japonaises situent généralement leur rencontre autour de 1925, alors qu’Hayashi a déjà quitté ou termine sa carrière active dans la Marine.
Mikao Usui meurt le 9 mars 1926. Même en retenant une rencontre au début de l’année 1925, Hayashi n’a donc pu étudier directement auprès de lui que pendant une période assez courte.
Cela n’empêche pas qu’il ait atteint un niveau avancé. Plusieurs sources japonaises le présentent comme ayant reçu Shinpiden et comme ayant été reconnu parmi les enseignants capables de transmettre la méthode.
Il apparaît également sur des photographies associées aux élèves avancés de Mikao Usui.
La durée relativement courte de son apprentissage est cependant importante pour comprendre la suite. Hayashi reçoit l’enseignement d’Usui, mais l’essentiel de son propre travail se développera après la mort de son enseignant.
Hayashi n’a pas succédé à Mikao Usui à la présidence de la Gakkai
C’est l’une des confusions les plus importantes de l’histoire occidentale du Reiki.
Pendant plusieurs décennies, la succession :
Mikao Usui → Chujiro Hayashi → Hawayo Takata
a souvent été présentée comme s’il s’agissait de la succession officielle des responsables du Reiki.
Ce n’est pas le cas.
Après la mort de Mikao Usui, Juzaburo Ushida devient le deuxième président de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai. Kan’ichi Taketomi lui succédera ensuite comme troisième président.
Hayashi appartient bien au groupe des élèves avancés de Mikao Usui, mais il ne prendra jamais la présidence de cette organisation.
La lignée Usui → Hayashi → Takata représente donc une lignée de transmission, et non la succession institutionnelle de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai.
Cette distinction est essentielle pour comprendre pourquoi l’enseignement transmis par Hayashi va progressivement évoluer indépendamment de celui qui continue à être pratiqué au sein de la Gakkai.
Hayashi développe progressivement sa propre voie
Après la mort de Mikao Usui, Hayashi poursuit pendant un temps ses activités auprès d’autres membres de la première génération.
Les différentes sources ne donnent pas toutes la même date pour son éloignement définitif de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai. Certaines situent cette séparation dès la fin des années 1920, d’autres autour de 1930 ou 1931.
Ce qui est beaucoup mieux établi, c’est qu’au cours des années 1930 il dirige sa propre organisation :
林霊気研究会 — Hayashi Reiki Kenkyūkai
Association ou centre de recherche Reiki de Hayashi
Il dispose également d’un lieu de pratique à Tokyo, dans le secteur de Shinano-chō.
À partir de ce moment, Hayashi ne se contente plus de transmettre exactement dans le cadre institutionnel de la Gakkai. Il développe une organisation qui lui est propre et adapte progressivement sa manière d’enseigner et de pratiquer.
Une pratique davantage organisée autour des séances
La manière de travailler développée par Hayashi semble avoir accordé une place particulièrement importante à la pratique auprès d’autres personnes.
Plusieurs témoignages décrivent un centre comportant différentes tables et une organisation dans laquelle deux praticiens pouvaient intervenir simultanément auprès d’une même personne.
Ce fonctionnement est notamment confirmé par le récit de Hawayo Takata, qui explique avoir reçu ses premières séances auprès de deux praticiens travaillant ensemble.
Cette organisation permettait également aux élèves d’acquérir une expérience pratique importante en participant aux activités du centre.
L’approche de Hayashi semble ainsi avoir progressivement donné davantage de place à l’observation du corps, aux zones sur lesquelles poser les mains et à une organisation méthodique des séances.
Cela ne signifie pas que Mikao Usui ne pratiquait pas de cette manière ni qu’Hayashi aurait inventé les positions des mains. L’Usui Reiki Hikkei contient déjà un guide indiquant différentes zones du corps selon les situations.
Ce que l’on observe surtout chez Hayashi est une systématisation plus importante de ces pratiques.
Une évolution de l’enseignement plutôt qu’une rupture
Il serait pourtant faux de présenter Hayashi comme quelqu’un qui aurait abandonné l’enseignement de Mikao Usui pour créer un nouveau Reiki.
Les documents remis à ses élèves montrent exactement le contraire.
Les certificats de Hawayo Takata conservés dans les archives portent notamment l’expression :
心身改善 臼井霊気療法
Shinshin Kaizen Usui Reiki Ryōhō
Hayashi continue donc explicitement à inscrire son enseignement dans la méthode de Mikao Usui.
Son évolution porte davantage sur la manière d’organiser la pratique et la transmission que sur l’affirmation d’une rupture avec son enseignant.
C’est précisément ce qui rend son parcours intéressant : il montre comment une méthode peut conserver son origine tout en évoluant au contact de nouveaux enseignants, de nouvelles situations et de nouveaux élèves.
Les niveaux enseignés par Chujiro Hayashi
Les documents conservés dans les archives de Hawayo Takata apportent ici des éléments particulièrement précieux.
Ils montrent que Hayashi utilisait toujours les appellations japonaises :
- 初伝 — Shoden ;
- 奥伝 — Okuden ;
- 神秘伝 — Shinpiden.
Certaines transmissions liées à Hayashi subdivisent également Okuden en deux étapes :
Okuden Zenki — première partie
Okuden Kōki — seconde partie
Cette organisation sera importante pour comprendre la manière dont les futurs degrés occidentaux vont progressivement se constituer.
Il faut néanmoins éviter de vouloir faire correspondre chaque niveau japonais à nos formations actuelles de manière trop rigide. Les contenus, les durées et les responsabilités associées à ces niveaux ont évolué au fil des générations.
Hawayo Takata rencontre l’enseignement de Hayashi en 1935
L’année 1935 marque un tournant majeur dans l’histoire du Reiki.
Hawayo Takata, Américaine d’origine japonaise née à Hawaï en 1900, se trouve alors au Japon.
Les récits qu’elle donnera plus tard expliquent qu’elle souffrait de plusieurs problèmes de santé et qu’elle envisageait une intervention chirurgicale avant de découvrir la pratique de Hayashi.
Les détails médicaux de cette histoire proviennent principalement de son propre témoignage et ont parfois été amplifiés dans les récits ultérieurs. Ils doivent donc être considérés comme le récit personnel de Takata et non comme un dossier médical permettant de vérifier rétrospectivement chacune des pathologies évoquées.
Ce qui est beaucoup mieux documenté est la suite : Takata fréquente le centre de Hayashi et décide finalement d’apprendre le Reiki.
Elle devient suffisamment proche de la famille Hayashi pour vivre pendant un temps auprès d’eux et participer directement à la pratique quotidienne.
Les certificats de Takata permettent de suivre sa progression
Nous possédons aujourd’hui des documents particulièrement précieux : les certificats reçus par Hawayo Takata pendant son apprentissage.
Les archives conservent notamment un certificat de Shoden daté de 1935 ainsi qu’un certificat d’Okuden de la même année.
Un autre document, daté de 1936, est identifié dans les archives Takata comme son certificat de Shinpiden.
Ces documents sont importants car ils permettent de dépasser les reconstructions faites plusieurs décennies plus tard.
Ils montrent directement qu’Hayashi conservait le vocabulaire japonais des niveaux et qu’il transmettait toujours explicitement l’Usui Reiki Ryōhō.
Ils montrent également que la progression de Takata fut relativement rapide, mais qu’elle s’accompagna d’une pratique intensive auprès d’Hayashi et de ses élèves.
Le journal de Takata nous montre un enseignement encore très japonais
Des notes prises par Hawayo Takata pendant sa formation permettent également d’entrevoir la manière dont Hayashi enseignait.
Dans une entrée datée du 10 décembre 1935, elle parle notamment de concentration, de purification des pensées et de la nécessité de porter l’attention vers une zone située dans le bas de l’abdomen.
Cette référence rappelle directement la place du hara ou du tanden dans de nombreuses pratiques corporelles japonaises.
Takata décrit également une manière de travailler dans laquelle les mains suivent progressivement différentes zones du corps et où le praticien apprend à percevoir les réactions sous ses paumes et ses doigts.
Ces notes montrent que l’enseignement qu’elle reçoit au Japon est encore fortement marqué par une conception japonaise du corps, de l’attention et de la pratique.
Plusieurs de ces éléments seront ensuite moins visibles dans la forme de Reiki qu’elle enseignera elle-même en Occident.
Hayashi se rend à Hawaï en 1937
En 1937, Hawayo Takata est retournée à Hawaï et commence à y pratiquer le Reiki.
Elle invite alors Chujiro Hayashi à venir présenter et enseigner sa méthode dans l’archipel.
Hayashi quitte le Japon accompagné de sa fille Kiyoe et arrive à Honolulu le 2 octobre 1937.
Son séjour, qui devait initialement être relativement court, durera finalement près de cinq mois.
Nous possédons aujourd’hui une documentation exceptionnelle sur cette période grâce aux journaux japonais publiés à Hawaï, notamment le Hawaii Hochi.
Articles, annonces de conférences et publicités permettent de suivre presque semaine après semaine les activités de Hayashi et Takata.
Des conférences publiques et de nombreuses formations
Les annonces publiées dans la presse montrent qu’Hayashi ne vient pas à Hawaï uniquement pour rendre visite à son élève.
Il organise une véritable campagne de diffusion du Reiki.
Des conférences publiques sont proposées, parfois gratuitement, afin d’expliquer ce qu’est le Reiki Ryōhō. Des formations sont organisées dans plusieurs villes et sur différentes îles.
Les annonces de l’époque décrivent des stages se déroulant sur plusieurs jours, souvent en soirée.
Dans un discours prononcé peu avant son départ en février 1938, Hayashi explique qu’une formation pouvait se dérouler sur cinq ou six jours, à raison de quelques heures par jour.
Il affirme également qu’environ 350 personnes avaient alors rejoint la pratique du Reiki à Hawaï.
Ce chiffre provient de son propre discours et ne peut pas être vérifié individuellement, mais les nombreuses annonces et photographies conservées montrent effectivement une activité particulièrement importante.
Une photographie des archives Takata présente notamment la quatorzième classe organisée à Honolulu en février 1938.
Hayashi et Takata rendent le Reiki visible au-delà du Japon
Les photographies conservées de cette période montrent des groupes importants de pratiquants et plusieurs événements réunissant la communauté japonaise de Hawaï.
Le dîner d’adieu organisé le 20 février 1938 en l’honneur de Chujiro Hayashi réunit ainsi un très grand nombre de personnes.
Ces documents sont importants car ils montrent que la diffusion internationale du Reiki n’a pas commencé discrètement avec quelques élèves isolés.
Dès 1937-1938, Hayashi et Takata mènent une véritable activité publique : conférences, démonstrations, formations, articles dans les journaux et création de groupes locaux.
Pour la première fois, une branche directement issue de Mikao Usui commence ainsi à s’implanter durablement hors du Japon.
Le certificat du 21 février 1938
Le 21 février 1938, veille du départ d’Hayashi pour le Japon, un document particulièrement important est signé à Honolulu.
Il s’agit du certificat officiel remis à Hawayo Takata par Chujiro Hayashi.
Le document, rédigé en anglais et authentifié devant notaire, précise que Takata a suivi au Japon à partir de 1935 une formation sous la supervision personnelle de Hayashi.
Il la reconnaît comme praticienne et comme enseignante pleinement habilitée à pratiquer et à transmettre le système Reiki d’Usui.
Le certificat ajoute qu’elle est alors la seule personne aux États-Unis autorisée à transmettre cette méthode et la présente comme l’une des treize personnes pleinement qualifiées à ce niveau.
Ce document est remarquable pour plusieurs raisons.
D’abord parce qu’il établit sans ambiguïté l’autorité que Hayashi reconnaît à Takata.
Ensuite parce qu’il rattache toujours explicitement la transmission au système Reiki d’Usui.
Enfin, parce qu’il montre que l’histoire est un peu plus complexe que la formule selon laquelle Takata aurait simplement « reçu la maîtrise » en février 1938 : les archives possèdent déjà un document de Shinpiden daté de 1936. Le certificat de 1938 semble donc surtout formaliser publiquement son statut et son autorité à transmettre aux États-Unis.
Hayashi a-t-il profondément modifié le Reiki de Mikao Usui ?
Il est évident que la pratique transmise par Hayashi n’est pas restée parfaitement immobile.
Son expérience d’officier, son goût pour l’organisation, le fonctionnement de son centre et le nombre important de personnes qu’il accompagne l’amènent vraisemblablement à structurer davantage certains aspects de la méthode.
On lui attribue notamment :
- une organisation plus systématique des positions des mains ;
- des protocoles adaptés à différentes parties du corps ;
- une pratique fréquemment réalisée par plusieurs praticiens ;
- une organisation plus précise des formations ;
- et certaines évolutions dans la manière de transmettre les différents niveaux.
Mais il faut être prudent avec le mot « invention ».
L’Usui Reiki Hikkei contient déjà des indications concernant différentes zones du corps. Les niveaux Shoden, Okuden et Shinpiden existent déjà dans l’enseignement issu de Mikao Usui. Les pratiques par les mains ne commencent évidemment pas avec Hayashi.
Il est donc plus juste de parler d’une formalisation et d’une évolution que d’une création entièrement nouvelle.
Il reste également difficile de déterminer avec certitude quels changements furent introduits personnellement par Hayashi et lesquels avaient déjà commencé à apparaître dans les dernières années de Mikao Usui ou auprès d’autres élèves de la première génération.
Une transmission différente de celle de la Gakkai
Au fil des années, la branche Hayashi développe néanmoins ses propres caractéristiques.
Le Reiki continué au sein de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai conserve une organisation et certaines pratiques propres à cette institution.
Hayashi, de son côté, dispose de sa propre association, forme ses propres élèves et organise des stages en dehors de Tokyo.
Cette autonomie va permettre à son enseignement de se diffuser beaucoup plus facilement hors du cercle relativement fermé de la Gakkai.
Lorsque Takata commence ensuite à enseigner à Hawaï, une nouvelle étape s’ouvre encore : l’enseignement devra progressivement être présenté à un public qui ne connaît ni la langue japonaise ni le contexte culturel dans lequel le Reiki s’est développé.
Certaines transformations que l’on attribue parfois à Hayashi appartiennent en réalité à cette étape ultérieure et seront surtout visibles dans la manière dont Hawayo Takata enseignera le Reiki.
Hayashi a formé d’autres élèves que Hawayo Takata
L’importance de Takata dans l’histoire occidentale du Reiki peut donner l’impression qu’elle fut la seule héritière de Chujiro Hayashi.
Ce n’est pas le cas.
Le certificat de 1938 la présente lui-même comme l’une des treize personnes pleinement qualifiées à transmettre la méthode.
Sa femme, Chie Hayashi, joue également un rôle important dans la continuité de son organisation.
D’autres pratiquants japonais reçoivent son enseignement. Parmi eux, Chiyoko Yamaguchi commence sa formation en 1938 dans la région de Daishōji. Sa transmission deviendra plusieurs décennies plus tard l’une des sources du Jikiden Reiki.
La branche Hayashi possède donc elle-même plusieurs prolongements.
Takata représente celui qui connaîtra la plus grande diffusion internationale, mais elle n’est pas l’unique voie issue de son enseignement.
La mort de Chujiro Hayashi en 1940
Chujiro Hayashi meurt le 11 mai 1940, à la veille d’une période particulièrement sombre de l’histoire japonaise.
Le récit transmis par Hawayo Takata et repris ensuite dans de nombreuses lignées raconte qu’Hayashi aurait choisi de mettre fin à ses jours lors d’une réunion à Atami, en présence de plusieurs proches et élèves.
Une autre partie du récit explique que son voyage à Hawaï aurait attiré l’attention des autorités militaires japonaises et qu’on lui aurait demandé de fournir des renseignements sur des installations américaines. Hayashi aurait refusé et se serait retrouvé confronté à un conflit entre ses anciennes obligations militaires et les valeurs qu’il associait désormais à sa pratique.
Cette version est devenue extrêmement connue dans le monde du Reiki.
Il faut cependant distinguer deux éléments.
La date de sa mort, le 11 mai 1940, est bien établie.
En revanche, les motivations précises de son suicide et l’histoire de la demande de renseignements militaires nous sont essentiellement parvenues par les récits de Takata et les transmissions Reiki ultérieures. Je n’ai pas connaissance d’un document militaire japonais contemporain permettant aujourd’hui de confirmer précisément cette explication.
Il est donc préférable de transmettre ce récit comme ce qu’il est : une tradition importante issue de la branche Hayashi-Takata, mais dont tous les détails ne peuvent pas encore être vérifiés indépendamment.
Après sa mort, la transmission ne s’arrête pas
Après la mort de Chujiro Hayashi, son épouse Chie poursuit pendant un temps les activités liées au Hayashi Reiki Kenkyūkai.
L’organisation finira néanmoins par perdre progressivement son importance au Japon.
Plusieurs élèves continueront cependant à pratiquer et à transmettre ce qu’ils avaient reçu.
À Hawaï, Hawayo Takata dispose désormais d’une autonomie complète. Elle pratique, forme de nouveaux élèves et adapte progressivement l’enseignement à son environnement culturel.
C’est par elle que la branche issue de Hayashi va connaître une expansion considérable après la Seconde Guerre mondiale.
Pendant plusieurs décennies, cette transmission deviendra même pratiquement synonyme de Reiki en Occident, au point que beaucoup de pratiquants ignoreront l’existence de la Gakkai et des autres lignées japonaises.
Pourquoi Chujiro Hayashi occupe une place essentielle dans l’histoire du Reiki
Hayashi n’est ni le fondateur du Reiki ni le successeur institutionnel de Mikao Usui.
Son importance se situe ailleurs.
Il appartient à la génération qui reçoit directement l’enseignement de Mikao Usui, puis doit continuer à pratiquer après sa mort.
Il développe une organisation indépendante, structure davantage certains aspects de la pratique, forme de nombreux élèves et organise des enseignements dans plusieurs régions.
Surtout, il accepte de transmettre son enseignement à Hawayo Takata et se rend personnellement à Hawaï pour participer à son implantation.
Grâce aux certificats, aux journaux, aux photographies et aux articles de presse conservés, nous pouvons suivre cette transmission avec une précision rarement possible pour les premières années du Reiki.
Hayashi constitue ainsi un véritable pont entre deux périodes de l’histoire du Reiki : celle de Mikao Usui et des premières transmissions japonaises, puis celle de la diffusion internationale qui commencera avec Hawayo Takata.
En résumé
Chujiro Hayashi fait carrière dans la Marine impériale japonaise avant de rejoindre l’enseignement de Mikao Usui autour de 1925. Il atteint un niveau avancé en peu de temps, mais ne succède pas à Usui à la présidence de l’Usui Reiki Ryōhō Gakkai, fonction qui revient à Juzaburo Ushida.
Après la mort de Mikao Usui, Hayashi développe progressivement sa propre organisation, le Hayashi Reiki Kenkyūkai. Son enseignement reste explicitement rattaché à l’Usui Reiki Ryōhō, comme le montrent les certificats remis à ses élèves, mais sa manière de pratiquer devient plus structurée, notamment dans l’organisation des séances et l’utilisation des positions des mains.
Hawayo Takata rejoint son enseignement en 1935. Les archives conservent ses certificats de Shoden et d’Okuden cette année-là, puis un document de Shinpiden en 1936.
Entre octobre 1937 et février 1938, Hayashi séjourne à Hawaï avec sa fille Kiyoe. Avec Takata, il organise de nombreuses formations et conférences dont la presse japonaise locale a conservé la trace.
Le 21 février 1938, il remet à Takata un certificat notarié qui lui reconnaît officiellement le droit de pratiquer et de transmettre le système Reiki d’Usui aux États-Unis.
Chujiro Hayashi meurt le 11 mai 1940. Les circonstances exactes de sa mort restent en partie connues à travers les récits transmis par Hawayo Takata et doivent être distinguées des faits directement documentés.
Chujiro Hayashi n’a donc pas simplement servi de maillon entre Mikao Usui et Hawayo Takata. Il a participé à une étape décisive de l’évolution du Reiki : celle où une méthode encore principalement japonaise commence à se structurer différemment, à voyager et à préparer sa transmission hors du Japon.